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LES COMMUNALES EN GUINEE: Le Grand Enjeu  


matotoC’est un ami qui décrivait la scène de ce chef de quartier qui interpellait les habitants de son quartier en leur disant que dorénavant il va officier comme chef de leur quartier. Notez bien que cette affirmation s’est faite en dehors de tout scrutin qui légitimerait une telle affirmation.

Un tel cas nullement rare est aujourd’hui le sort de plusieurs communes urbaines ou rurales dans ce pays. Il traduit le recul de la démocratie en Guinée depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en 2010. Même au temps de la Révolution, le pouvoir à la base jouissait d’une meilleure légitimité, les chefs de quartier et autre maires étaient parmi les plus populaires qui soient.

A qui profite une telle situation et pourquoi son maintien après près de 5 ans de mandat Alpha, en violation de ce que prévoient la loi et les récents accords politiques ? Nous en faisons l’analyse dans le présent papier.

  1. LES RAISONS ELECTORALISTES

C’est de notoriété publique, les dernières élections en ce qui concerne les communales remontent à dix ans. Aussi et pour des raisons qui lui sont propres, le pouvoir a placé à la tête de nombreuses communes, des délégations dites spéciales qui ne devraient être en poste que pour un mandat de 3 mois renouvelable une fois, le temps d’organiser des consultations partielles ou générales. En outre, ce qu’on ne dit pas assez, c’est le fait que des maires et autres conseillers communaux qui se sont fossilisés en dix ans ou plus ont perdu toute légitimité et par conséquent ne représentent en rien les entités qu’ils sont supposés représenter.

Dans un tel décor, pour quels motifs le pouvoir d’Alpha CONDÉ a retardé une telle consultation ?

  1. a) Un retard calculé, volontaire et planifié

C’est d’abord calculé, comme tout geste posé par Alpha CONDÉ depuis qu’il est au pouvoir avec en dessous la volonté de retarder toutes les autres élections,  le temps de rempiler par tous les moyens illégaux pour un second bail à Sékoutoureya.

C’est là une réalité extrêmement importante dans la gouvernance de l’actuel locataire de Sékoutourya. Il n’a d’yeux que pour la présidence autrement dit son fauteuil.  Dans cet état d’esprit, l’homme n’apportera ni consolidation de la démocratie,  ni développement,  la première étant généralement considérée comme une condition sine qua non de la seconde.

Enfin, le fait que cela soit planifié par Alpha CONDÉ est encore plus grave. Cela dénote au mieux une dangereuse incompétence à gérer le pays,  sinon une désinvolture irresponsable pour ne pas faire le lien entre décentralisation effective et développement durable.

  1. b) Un retard qui en cache un autre

Habitué des faits, le Président Alpha CONDÉ a retardé plus ou moins de la même façon les élections législatives intervenues 3 ans au lieu des 6 mois prévus par la loi. Il ne manque jamais de sujets d’interventionnisme présidentiel par personnes de paille  interposées. Cet interventionnisme a culminé lorsqu’Alpha CONDÉ s’est permis de recevoir à la présidence des commissaires (triés sur le volet) des deux bords, pouvoir et opposition. Cela a fait un tollé général,  et dans la presse et dans le microcosme politique. Cela, quasiment dans toutes les mouvances, chacune d’elle pour ses propres raisons. Ce qui avait quelque chose de politiquement indécent.

Il n’y a que le Président qui trouve ses comptes et sa logique par rapport à ce que lui, construit. Quelle autre preuve d’une autre dictature pour ce pauvre pays ?

  1. c) Un retard illégal et illégitime

Inutile de développer outre mesure l’illégalité des retards d’organisation des élections. Le moins qu’on puisse dire est que cela équivaut à une posture antidémocratique du pouvoir à savoir le retard volontaire et délibéré de consultation du peuple. En outre, tous les intervenants indépendants relèvent cela et parmi eux les deux facilitateurs, mouvance comme opposition. Certains n’hésitent pas à parler d’une faillite morale de l’autorité. Ce qui est la pire insulte quand ça concerne le premier magistrat du pays.

Le non respect des accords de dialogues inter guinéens tenus justement pour éviter le blocage actuel est souvent cité.

  1. d) Les dividendes pour le pouvoir et sa mouvance

Pour cette dernière, la fixation de son champion (échaudé par ses 18 % du premier tour de 2010) à sa réélection en 2015. Tout ce qui précède doit obéir à cela. Tampis !  L’avenir de la décentralisation encore embryonnaire est compromis ou si le bilan à faire prévaloir avant de prétendre à autre chose est bien maigre.

D’un point de vue pratique, le statu quo arrange la matérialisation de l’objectif de la réélection en instrumentalisant une  « gouvernance à la base défaillante ».

Dans la section qui suit, nous passons en revue les conséquences pour le pays d’un tel forcing antidémocratique.

  1. A L’ENCONTRE DE LA DEMOCRATIE ET LA PAIX

Les conséquences de ce qui vient d’être décrit sont tout simplement une confiscation de la démocratie et l’adieu à la paix dans le pays. Tout se passera comme si on retirait à un immeuble qui croît en hauteur (la partie visible), ce qui fait sa solidité en profondeur à savoir sa fondation.

  1. La prise en otage du processus électoral

Organiser l’élection présidentielle avant les communales sera une prime à Alpha CONDÉ dans sa propension à refuser ou retarder les élections régulières requises en démocratie. Ni les moyens, ni l’assistance des pays et organismes amis n’ont manqué à la Guinée depuis qu’Alpha est venu au pouvoir en 2010.

Ce qui a manqué c’est la volonté politique en lieu et place la roublardise politique. Chez le Président guinéen le raisonnement est simple : ma seule légitimité, celles des autres… j’en fais mon affaire ! Toto même reconnaitra ce trait caractéristique des grands dictateurs.

C’est ce qui va empirer si d’aventure est exécuté le planning électoral dicté à la CENI par le chef de l’Etat, candidat à sa propre succession.

Alpha CONDÉ persévère dans la dangereuse machination politique stérile. Pendant ce temps, la solution aux multiples problèmes de la Guinée attendra. Le pays pendant ce temps renouera avec le Tout Politique avec comme métronome le même Alpha CONDÉ. Il gère tout à son rythme en continuant à s’adjuger les rôles dévolus à des institutions qu’il a rendues  naines taillées sur mesure. A bon entendeur salut, entre autre,  Mister President OBAMA !

  1. Un véritable frein au développement

Ce qui est décrit ci-dessus ne sera pas du tout drôle si cela arrivait. En près de 6 décennies d’indépendance et malgré ses énormes potentialités naturelles,  la Guinée a fait beaucoup moins que ses voisins en terme de développement.

La principale raison : la paranoïa poltico-idéologique du premier président malgré un leadership incontestable, qui ne lui a malheureusement pas permis de développer son pays.  L’égo démesuré de son successeur inspiré par… le premier président a compliqué la donne, malgré sa volonté d’ouverture sincère à son début.

Qu’Alpha CONDÉ ait dit qu’il prend la Guinée là où Sékou Touré (le premier président) l’a laissée ne doit pas être pris à la légère. Ce n’est pas fortuit que son administration soit constituée en grande partie par des recyclés de ses deux célèbres prédécesseurs.

Avec le Tout Politique qu’il a engagé dès sa prise de fonction en 2010 et son bilan social et économique désastreux,  il sera illusoire de s’attendre à autre chose en termes de développement si ce système se perpétue. Ce système qu’il aurait combattu (car tout le monde n’est pas d’accord là dessus), mais qu’il est incontestablement entrain de reproduire brique par brique.

D’un point de vue plus dans la pratique du développement,  Alpha CONDÉ qui s’est contenté en 5 ans d’une gouvernance à la base non renouvelée depuis 10 ans, n’est certainement pas un adepte de la décentralisation ou au mieux n’y comprendrait rien. Pour qui connaît ce pays, une telle posture est en soit un frein au développement. La probabilité que rien ne change à cela en cas de second mandat est très forte pour ne pas dire certaine.

  1. La prolifération des actes de corruption

La décentralisation dans le libre choix des leaders locaux induit la transparence requise pour le contrôle. On le sait bien ce dernier permet de s’assurer de l’allocation effective des ressources de même que de leur bonne utilisation partout ou cela est destiné.

La centralisation a toujours été une source d’enrichissement illicite qui se perpétue dans l’impunité la plus totale. Ceci particulièrement en Afrique sub-saharienne : les fameux ministères du contrôle d’Etat n’ont rien apporté par le passé lorsqu’ils ne sont tout simplement pas des complices directs.

Aussi bien en exploitation courante que dans les projets d’investissements, les structures déconcentrées ne reçoivent rien ou seulement des miettes, du fait de la complicité de leurs responsables nommés par le pouvoir central. Faute de légitimité populaire, ces leaders désignés ne font que du recyclage au profit de ceux qui les ont placés à ces postes dits juteux au détriment de leurs administrés.

Seuls des responsables locaux librement choisis et fort de leur légitimité à la base, peuvent dénoncer et lutter contre les détournements en bloquant les manœuvres des services de l’Exécutif central.

 

  1. La victoire de la démagogie sur l’efficacité de gestion

Dans le débat politique actuel de la Guinée deux approches de gestion s’affrontent. D’abord, la veille garde curieusement incarnée par l’actuel locataire de Sékoutouréya. En effet,  le Président actuel  pour se maintenir au pouvoir s’est allié tous ceux qui ont aidé ses prédécesseurs, soit pour truquer les élections ou, pour réprimer toute opposition démocratique même des plus pacifiques. Cette mouvance use de la propagande souverainiste et démagogique des années 50 en occultant royalement la baisse croissante du niveau de vie des Guinéens, plus de 50 ans après l’indépendance. Ces nostalgiques ne mèneront le pays qu’à plus de misère, avec en corollaire un risque sérieux de guerre civile du fait même de cette pauvreté extrême et de l’injustice qui l’accompagne.

En face, une nouvelle génération de dirigeants qui ont compris que la Guinée ne peut continuer à être un pays à part, foulant continuellement au pied les principes de base de la démocratie et de la bonne gouvernance. Aujourd’hui incarnés par une bonne poignée de technocrates venus à la politique par la ferme volonté de servir le pays en s’opposant à ce qui est décrit plus haut. C’est l’ossature de l’opposition républicaine actuelle. Son approche d’espoir est celle qui est largement suivie par l’écrasante majorité de la jeunesse du pays. En témoignent les démonstrations de force lors des manifestations de l’opposition à travers le pays, malgré la répression féroce de la vielle école guinéenne qui, en dépit des apparences, est seule coupable de toutes les violences politiques possibles et inimaginables.

Le tournant des communales sera un acte fort pour départager ces deux tendances antinomiques. Les amis de la Guinée et ceux qui sont soucieux d’éviter à ce pays martyr une troisième dictature sanglante, se doivent de soutenir la nouvelle génération plus compétente et capables de résultats.

 

  1. Le gaspillage des concours financiers extérieurs

La meilleure façon aujourd’hui de jeter l’argent des contribuables d’ici et d’ailleurs par la fenêtre, serait de continuer à financer le développement de ce pays sans une gouvernance renouvelée à la base par des élections communales, maintenant.

Une élection présidentielle faite avant sera tout simplement un message catastrophique pour la gestion de l’argent destiné aussi bien au pays profond que même aux communes urbaines. Ces dernières envahies qu’elles sont aujourd’hui par des montagnes d’ordures, privées d’eau courantes et dépourvues d’éclairage public et d’électricité, même dans les grands centres hospitaliers. Comme on le dit dans ce pays, l’argent sortira pour tout cela sans que rien, strictement rien ne soit fait. Tout cela ira dans des poches privées, voire dans des comptes ouverts dans les banques des pays donateurs. Une insulte quoi !

Par ailleurs, les communales renouvelées après l’élection présidentielle ne seront qu’une mascarade au service du pouvoir central, qui se donnera dès lors les moyens de sa politique que l’on voit déjà à l’œuvre depuis 2010. Quel est l’organisme qui peut certifier aujourd’hui la vraie destination de tous les concours engrangés à date par ce pays depuis 2010 : USD 700 millions de Rio Tinto, USD 25 millions Palladino, USD 150 millions prêt angolais,  MTN, l’achat pour Euros 140 millions de 100 MW toujours invisible à Conakry, les différents concours opérateurs téléphoniques, etc. ?

Avec comme interlocuteurs non pas un Président Alpha CONDE tout puissant et refusant de rendre compte de quoi ce soit (la Cour des Comptes n’est pas là volontairement depuis 5 ans), les mêmes interrogations se poseront avec comme interlocuteurs des milliers de conseillers communaux, de maires et même de délégations spéciales tous illégitimes et imposés aux pauvres populations à la base.

Cautionner une présidentielle avant les communales revient donc à déclencher une généralisation de la mauvaise gestion de l’argent des contribuables guinéens, européens, américains et asiatiques accordés à ce pays dans un contexte de difficultés économiques pour tout le monde. Ce sera une grosse erreur qui ne se corrigera guère pendant les 5 ans de la prochaine mandature. Nous venons de le démontrer par le mécanisme déjà en place.

Habitué des faits depuis 2010, le deal est simple entre Alpha CONDE et les actuels maires et autres délégués spéciaux : « je vous ai maintenu en 5 ans sans lever le petit doigt, vous m’aidez à passer 2015 et je vous renvoie l’ascendeur après mon élection dans un contexte très alléchant ! ». Help me, I’ll help you. Tout le reste n’est que de l’habillage électoraliste pur et simple.

 

III . L’OPPOSITION PARFAITEMENT DANS SON ROLE

En conclusion, les communales en 2015 constituent un enjeu de taille pour la démocratie et le développement de ce pays. Dans la présente analyse nous avons passé en revue les motivations électoralistes d’Alpha CONDE qui a dicté à la CENI l’inversion du calendrier électoral.

Au-delà de cet aspect électoraliste, nous avons compris les graves conséquences du maintien d’une présidentielle avant les communales non renouvelées depuis 10 ans : confiscation de la démocratie à la base, financement occulte, détournement des concours financiers extérieurs et échec des plans de développement aussi bien urbains que ruraux.

La principale leçon est que l’opposition dans son rôle de contre-pouvoir a parfaitement raison de tirer la sonnette d’alarme pour éviter ce qui est de toute évidence planifié par le pouvoir. En plus d’une élection présidentielle faussée et non transparente, le pays risque de confisquer pour longtemps encore cette démocratie à la base qui aurait résolu bien des problèmes.

La Guinée a trop longtemps négligé cette démocratie à la base du fait d’une fixation sur la magistrature suprême. C’est une sorte de revanche de la démocratie à la base : Opposition et Mouvance se rendent compte en 2015 que c’est important. La première veut une élection pour remettre les pendules à l’heure avant la présidentielle. La seconde n’est pas loin de cette conclusion mais le Chef de l’Exécutif veut le forcing  craignant toujours cette consultation à la base faute de bilan depuis bientôt 5 ans qu’il est au pouvoir. Il veut maintenir cette position même en usant de la répression la plus féroce comme on le voit lors des dernières manifestations.

La vérité saute aux yeux et il est fondamental qu’elle s’impose à toutes les parties. Pour toutes ces raisons, la soif d’élections communales maintenant et avant toute autre chose s’est généralisée. Il sera suicidaire au pouvoir du dictateur Alpha CONDE de vouloir l’arrêter.

Tounkara Amadou

 

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