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DEMISSION DU POSTE DE HAUT REPRESENTANT : LE PRESIDENT SIDYA TOURE S’EXPRIME SUR RFI


Clémentine PAWLOTSKY : Sidya TOURE, Bonjour !
Sidya TOURE : Bonjour !

Clémentine PAWLOTSKY: Pourquoi avez-vous décidé de démissionner de votre poste de Haut Représentant du Chef de l’Etat ?
Sidya TOURE : Ecoutez, tout simplement parce qu’il était temps. En près de trois ans, je me suis aperçu, depuis un certain temps, bien sur que, je n’arrivais pas à influer sur la marche des choses. Et, comme tout cela ne va pas très bien, notamment dans le domaine économique qui m’était cher, je pensais qu’il valait mieux ne pas continuer l’expérience.

Clémentine PAWLOTSKY: C’est concrètement sur quoi, souhaitiez-vous influer lorsque vous êtes arrivé à ce poste, il ya trois ans ?
Sidya TOURE : En sortant des élections présidentielles de 2015 qui étaient des élections extrêmement contestées, je me suis aperçu de l’état de délabrement dans lequel mon pays se trouvait. J’avais le choix : continuer de contester ou peut-être de manière gracieuse, sans budget, sans salaire apporter mon expérience à ce que les choses aillent mieux. C’est vraiment la raison pour laquelle j’ai accepté ce poste. Et dans ces domaines, au niveau de l’agriculture, au niveau de la santé et de l’éducation, au niveau de l’électricité, nous avons tenté de monter des dossiers et travailler là-dessus et honnêtement, rien n’a abouti. Je me suis rendu compte que cette gouvernance là ne pouvait pas nous permettre d’avancer dans le sens que je souhaitais.

Clémentine PAWLOTSKY: Cela fait plusieurs semaines que la Guinée est également en proie à des tensions politiques et sociales, est ce que ça a pesé dans votre décision de démissionner ?
Sidya TOURE : Bien sûr parce que nous avons connu des élections encore plus contestées lors des communales qui ont eu lieu depuis le 4 février. Nous sommes, je crois le 12 décembre aujourd’hui. Nous n’avons toujours pas fini de mettre en place les exécutifs communaux. C’est vous dire à quel point, cela se fait à la carte selon le bon vouloir du pouvoir. Et partout, nous avons eu non seulement des contestations mais des fois des affrontements. Beaucoup de nos militants ont été mis en prison. Et je ne vois pas pourquoi, est ce que on aurait pu continuer à faire semblant de cautionner cela. Je ne fais pas partie du gouvernement. Je n’ai pas souhaité y envoyer des gens de mon Parti. Et comme je n’ai pas non plus réussi à inverser, disons, ces faits que je viens d’évoquer, il me semblait pas normal de continuer cette expérience là.

Clémentine PAWLOTSKY : Est-ce que vous avez annoncé votre décision au Président Alpha Condé directement ?
Sidya TOURE : Bien sur que je lui ai envoyé une lettre bien motivée pour lui expliquer les raisons. Mais depuis un certain temps, nous étions absolument pas en accord sur des sujets encore beaucoup plus nombreux. En sortant de ces élections, nous avons eu vraiment une fraude mais alors à des niveaux insoupçonnés. Mais l’idée qu’on ne puisse même pas se mettre d’accord pour mettre en place des mairies depuis dix mois. Cela me semble tout simplement inadmissible.

Clémentine PAWLOTSKY: Comment est ce que le Président Alpha Condé, a-t-il accueilli votre départ ?
Sidya TOURE : Ecoutez, ça, il me l’a pas dit parce que je lui ai envoyé une lettre. Bon ! je n’ai eu de réponse par rapport à ça. Mais je ne pense pas ça soit assez important. Comme je vous l’ai dit, j’ai fait un travail bénévole. J’ai souhaité que ça soit comme cela pour garder ma liberté et continuer à être dans ma position de chef de Parti. C’est cette collaboration que j’ai souhaité arrêter aujourd’hui et essayer de me tourner vers la préparation des élections législatives qui vont avoir lieu et essayer de donner une nouvelle orientation à notre pays qui, honnêtement, ne va pas dans la bonne direction.

Clémentine PAWLOTSKY : Est-ce que ça veut dire que vous allez reprendre une place active au sein de l’opposition guinéenne ?
Sidya TOURE : En réalité, je n’ai jamais quitté l’opposition. Disons que je serai beaucoup plus actif. C’était plus difficile d’être un conseil et à même temps de dénoncer un certain nombre de vérités. Disons, je me suis libéré de ce côté-là. Je reste toujours quelqu’un qui est opposé à la manière dont les choses se font, pas forcément dans les mêmes proportions que l’opposition républicaine le dit. Mais nous serons un groupe de Partis qui allons travailler à former, disons, une coalition de l’opposition différente de l’opposition républicaine mais qui ne contestera pas moins le système de gouvernance que nous avons dans notre pays. Cela fait deux mois que les enfants ne vont pas à l’école en Guinée. On n’a pas été à mesure de proposer des solutions pour résoudre cette question de grève des enseignants. Je crois que pour un Etat, pour un pays, c’est tout simplement dramatique, c’est l’avenir de ce pays qui est en jeu. Sur les questions minières, je suis intervenu pour ce que les immenses ressources que nous tirons de l’exploitation minière soient consacrées à l’agriculture pour permettre à 75% de nos compatriotes de participer, disons, au développement économique et social du pays. Sur l’électrification, nous n’avons pas réussi jusqu’à présent à avoir 5% ou 10% de l’électrification dans ce pays. Donc y’a des choses pour lesquelles, nous avons fait des propositions extrêmement concrètes et pour lesquelles nous n’avons obtenu aucun résultat. Donc nous allons revenir sur ces questions là et nous allons les porter surtout à la connaissance de la population, ce qui n’avait pas été correctement fait et aussi le porter à l’Assemblée Nationale où nous avons le troisième groupe parlementaire.

Propos décryptés par Fodé BALDE, Responsable Communication digitale UFR

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