Messages du Président.
Touré Sidya a dit...
DU REFUS DE LA FATALITE
Je ne vois pas un intellectuel honnête qui puisse se reconnaître dans l'action actuelle du régime de Lansana CONTE. Avec un potentiel économique au moins égal à celui de la Côte d'Ivoire, la Guinée n'a encore rien fait de ses quarante trois ans d'indépendance. Une gestion calamiteuse maintient le pays dans la pauvreté. C'est pourquoi, je propose à mes compatriotes un programme de développement fondé sur le travail et le refus de la fatalité. J'ai adhéré à l'Union des Forces Républicaines (UFR), un parti créé en 1992 par un groupe de jeunes cadres appartenant à toutes les ethnies du pays. Grâce à leur engagement, nous avons réussi, en deux ans, à faire de l'UFR l’un des trois principaux mouvements politiques du pays, un mouvement qui se veut centriste, de sensibilité social-démocrate, et qui entend allier le libéralisme économique à une politique sociale durable.
DES PROMESSES TENUES
Quand je suis arrivé à la tête du gouvernement en Juillet 1996, j'ai promis aux Guinéens des résultats dans un délai de six mois dans trois domaines : l'électricité, l'assainissement et la reprise de l'aide extérieure. L'éclairage public avait, en effet, disparu de Conakry depuis 1974 et la capitale n'était approvisionnée qu'à 27% de ses besoins. Dans la nuit du 22 au 23 Décembre 1996, quand les lampadaires se sont allumés dans les rues de Conakry, la capitale a connu une effervescence rarement vue.
Deuxième promesse tenue : Nous avons pu mobiliser 5 millions de dollars de la part de la Banque Mondiale, du Canada, du Japon et de l'Allemagne afin de mettre en place une structure de collecte et d'acheminement des ordures dans la capitale, qui a été ensuite confiée au Gouvernorat.
La troisième promesse réside dans le rétablissement du dialogue avec les institutions financières internationales, le F.M.I. et la Banque Mondiale. Le 13 Janvier 1997, six mois après notre arrivée, nous avons réussi à faire passer le dossier Guinée au conseil d'administration du F.M.I., pour un crédit de 107 millions de dollars. Au total nous avons pu mobiliser 257 millions de dollars en un an. A cela s'ajoute l'assainissement de la Fonction Publique qui a permis à l'Etat d'économiser les salaires de 3.000 fonctionnaires fictifs. Résultat de toutes ces actions : la stabilisation de la monnaie, la baisse des prix à la consommation et le retour de la confiance.
DES DIFFICULTES DE L'OPPOSITION
Ces difficultés viennent des ambitions des uns et des autres, ce qui est naturel en politique. Mais en tant que Président de l'UFR, je n'ai aucun problème avec ces leaders. La lutte pour le pouvoir n'est pas encore engagée en Guinée dans la mesure où le système que nous combattons tous est toujours en place. La longue répression que connaît le peuple depuis des années a fini par le rendre passif. Si nous n'avons pas encore trouvé de solution à cela, c'est parce nous ne sommes pas encore à la hauteur des attentes de la population. Cependant, les choses ont bien progressé à la faveur du référendum constitutionnel du 11 Novembre 2001. L'opposition a fait preuve d'une unité d'action sans faille. Et le résultat a été probant.
DU REFERENDUM CONTESTE
Dès que nous avons pris connaissance du projet de modifier la Loi fondamentale, nous avons créé, le 3 Juillet 2001, avec les autres partis d'opposition, le Mouvement contre le Référendum et pour l'Alternative Démocratique (MORAD). Nous avons organisé une caravane à travers tout le pays pour sensibiliser les citoyens. A Conakry, le 4 Novembre, notre marche a été réprimée par des jets de gaz lacrymogènes et des arrestations. Mais nous avons réussi : la population a suivi notre mot d'ordre de boycottage. Pas plus de 10% des électeurs ont voté le 11 Novembre. Même si les chiffres officiels affirment le contraire.
Nous avons également expliqué notre position aux ambassadeurs des pays occidentaux. Et c'est à leur demande que le Gouvernement a gommé de son projet certaines clauses rétrogrades.
Mais la présidence à vie de facto est demeurée, ainsi que la nouvelle version des articles 88 et 89 qui permet au Chef de l'Etat de nommer les 6.500 présidents de districts (villages) et chefs de quartiers jusque là élus. Les bailleurs de fonds s'opposeront certainement à cette dernière disposition qui fait régresser la décentralisation et vise à faciliter la mainmise du pouvoir sur le processus électoral.
D'abord, nous avons clairement fait savoir au Ministère de l'Intérieur que nous contestons et le principe et les résultats du référendum, et que nous ne participerons pas aux élections législatives prévues le 27 Décembre ; celles-ci ont été reportées sine die.
C'est une première victoire. Les bailleurs de fonds refusent désormais de contribuer à leur financement si certaines conditions ne sont pas réunies : révision des listes électorales, neutralité de l'administration, absence de violence, structure neutre de contrôle des élections et présence d'observateurs internationaux. Et aujourd'hui, tous les leaders de l'opposition ont décidé de ne participer à aucune élection dans le cadre de la Constitution modifiée.
Le régime repose sur une sorte d'équilibre instable qui peut s'écrouler aujourd'hui ou dans quelques mois. Sur le plan économique, le désastre est total et tous les indicateurs sont au rouge. Le déficit public se creuse, la monnaie dégringole et le F.M.I. vient de suspendre son assistance. Le parti au pouvoir est complètement décrédibilisé. Il ne reste plus au gouvernement qu'un seul recours : des forces de sécurité et une administration brutales et zélées.
J.A. L'Intelligent du 8 au 14 Janvier 2002
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