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LE MANIFESTE


Manifeste pour un sursaut national

Nul doute, notre pays ressemble aujourd’hui à bien des égards à un navire en détresse. La Guinée offre le triste panorama d’un triple retard : politique, économique et social. Plus que d’autres pays au sud du Sahara et après plus de quarante ans d’indépendance, le pays subit de plein fouet deux contraintes dont les effets conjugués freinent son développement à savoir : une crise dans la gestion publique interne et une inadaptation chronique aux mutations de l’environnement international.

La manifestation la plus visible de cette situation de faillite est d’ordre économique. En dépit d’innombrables ressources naturelles et un potentiel humain certain, la Guinée se classe parmi les pays les plus pauvres du monde. En outre, malgré de lourds sacrifices consentis par nos concitoyens dans le cadre des politiques de stabilisation et d’ajustement structurel, la mauvaise gestion annihile depuis toujours les résultats escomptés conduisant au scepticisme des bailleurs sur la capacité, mais de plus en plus, sur la crédibilité des gouvernants actuels à conduire les réformes. Pendant ce temps, le chômage sévit notamment celui des jeunes ou encore celui de l’importante frange de personnes ayant prématurément perdu leur emploi. Le chômage résume à lui tout seul le désespoir de tout un peuple. Pour cause, après les entreprises nationales fermées et l’interminable cure d’amaigrissement de la fonction publique, les contraintes bureaucratiques que subit le secteur privé ne lui permet pas d’être le pourvoyeur d’emploi qu’il est supposé être dans le cadre d’une politique d’économie libérale.

Sur le plan politique justement la libéralisation est aujourd’hui, de l’avis de nombreux observateurs, vidée de son contenu parce qu’inachevée par endroit ou tout simplement ratée voire pervertie sur certains plans. Ce n’est qu’une libéralisation servie aux éventuels partenaires alors que sur le plan interne la transition réelle ne s’est toujours pas opérée, du moins pas dans les comportements. Le clientélisme règne en maître, bloquant toutes les initiatives de changement de l’ordre ancien. Comme par le passé, face à des problèmes réels, le pouvoir politique se radicalise en rejetant toute concertation et toutes critiques même constructives conduisant ainsi à un blocage total du débat. Il en résulte des atteintes graves au principe de la séparation des pouvoirs, une dérive inquiétante de l’exécutif qui a confisqué les libertés constitutionnelles et par ricochet, une réelle crise institutionnelle (banalisation de l’assemblée nationale, confusion de l’exécutif avec le judiciaire, etc.)

Sur le plan social, ces frustrations à la fois matérielles et morales ont pour nom paupérisation croissante et perte de l’esprit civique. La misère de nombreux concitoyens coïncident pour la seconde fois depuis l’indépendance avec une atteinte à ce que le Guinéen considère comme le plus important à savoir sa dignité humaine.