ALPHA CONDE PARLE DE SEKOU TOURE DANS « LA GUINEE, L’ALBANIE DE L’AFRIQUE… . »

Du vivant de Sékou TOURE, Alpha CONDE n’avait pas été tendre envers lui. Il l’a fait savoir dans un ouvrage et ce, pour la postérité. Ce qui amène plus d’un guinéen à s’étonner de cet amour soudain que Alpha CONDE semble développer pour celui qualifiait de tous les noms d’oiseaux de mauvais augures.
« 𝗘𝘁 𝘀𝗶 𝗼𝗻 𝗲́𝗰𝗼𝘂𝘁𝗮𝗶𝘁 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗔𝗹𝗽𝗵a 𝗖𝗼𝗻𝗱𝗲́ 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗽𝗮𝗿𝗹𝗲𝗿 𝗱𝗲 𝗦𝗲́𝗸𝗼𝘂 𝗧𝗼𝘂𝗿𝗲́ 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘀𝗼𝗻 𝗹𝗶𝘃𝗿𝗲: « 𝑮𝒖𝒊𝒏𝒆́𝒆 : 𝑨𝒍𝒃𝒂𝒏𝒊𝒆 𝒅’𝑨𝒇𝒓𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒐𝒖 𝒏𝒆́𝒐-𝒄𝒐𝒍𝒐𝒏𝒊𝒆 𝒂𝒎𝒆́𝒓𝒊𝒄𝒂𝒊𝒏𝒆 ? »
𝐒𝐞́𝐤𝐨𝐮 𝐓𝐨𝐮𝐫𝐞́ 𝐨𝐮 𝐥𝐞 𝐠𝐨𝐮̂𝐭 𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞𝐧𝐞́ 𝐝𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐥𝐞𝐱𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐨𝐝𝐢𝐝𝐚𝐜𝐭𝐞
Ce qui caractérise et a toujours caractérisé Sékou Touré, c’est sa soif du pouvoir. Incontestablement intelligent, doué d’une grande capacité de travail, très rusé, dynamique et bon orateur, il était avec Keïta Koumandian et Diallo Saifoulaye, de tous les hommes politiques guinéens de la période coloniale ceux qui avaient réellement une envergure nationale, c’est-à-dire qui étaient capables d’envisager le problème guinéen dans son ensemble.
Mais au lieu de mettre ses capacités au service du peuple, il s’en est servi pour assouvir son ambition personnelle. Il est le type de l’opportuniste parfait, servant à tour de rôle ceux qui pouvaient le faire accéder au pouvoir ou l’y maintenir.
D’abord, poulain du gouverneur général Cornut-Gentille, il exécuta les basses oeuvres de sabotage des syndicats. Puis, il devint le président-directeur-général de la nouvelle classe dirigeante de Guinée.
Les intérêts de celle-ci se trouvant en contradiction avec ceux d’une fraction du capitalisme français, Sékou s’empressa d’ouvrir largement les portes de la Guinée à l’impérialisme américain.
Depuis, il a servi fidèlement l’impérialisme américain qui, en contrepartie, le maintient au pouvoir en lui versant des subsides et en l’aidant à déjouer par la CIA les tentatives des services secrets français et autres.
Autodidacte, il en a gardé tous les défauts, sans en avoir les qualités. Sékou souffre en effet du complexe de n’être pas universitaire ; c’est ce qui explique sa haine profonde contre les intellectuels. Le fait qu’il soit arrivé au pouvoir malgré son manque d’instruction l’a rendu mégalomane. Tout comme Hitler, autre autodidacte, il veut prouver qu’il est un génie. Aussi, en Guinée, tout doit passer par lui : il se croit le meilleur ingénieur, le meilleur poète, le meilleur professeur, le meilleur juriste.
𝗤𝘂𝗲 𝘀𝗮 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗿𝗲́𝗵𝗲𝗻𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗼𝗯𝗹𝗲̀𝗺𝗲𝘀 𝗲́𝗰𝗼𝗻𝗼𝗺𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲𝗿𝘀 𝘀𝗼𝗶𝘁 𝗹𝗶𝗺𝗶𝘁𝗲́𝗲, 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗻𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗶𝗿𝗲 𝗻𝘂𝗹𝗹𝗲, 𝗽𝗲𝘂 𝗶𝗺𝗽𝗼𝗿𝘁𝗲. 𝗗𝘂 𝗺𝗼𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗾𝘂’𝗶𝗹 𝗮 𝗽𝘂 𝗱𝗲𝘃𝗲𝗻𝗶𝗿 𝗽𝗿𝗲́𝘀𝗶𝗱𝗲𝗻𝘁, 𝗶𝗹 𝘀𝗲 𝗰𝗿𝗼𝗶𝘁 𝗰𝗮𝗽𝗮𝗯𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘁. 𝗜𝗹 𝗻’𝗮 𝗮𝘂𝗰𝘂𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗰𝗶𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲 𝘀𝗲𝘀 𝗹𝗶𝗺𝗶𝘁𝗲𝘀. 𝗦𝗼𝗻 𝗼𝗿𝗴𝘂𝗲𝗶𝗹 𝗺𝗮𝗹𝗮𝗱𝗶𝗳 𝗹’𝗮𝘃𝗲𝘂𝗴𝗹𝗲.
Tout en Guinée doit être décidé par lui. C’est pourquoi il s’est entouré de collaborateurs incapables, corrompus et vils qui en aucun cas ne peuvent s’opposer à sa volonté. Sékou est en effet l’ennemi de la compétence et de l’honnêteté. Son pouvoir personnel étant basé sur la corruption et l’irresponsabilité, tout cadre compétent, honnête et digne devient pour lui un danger ; il faut par conséquent l’éliminer. Alors Sékou profitera d’un de ces « complots » périodiques pour « l’embarquer » dans le fourgon des « comploteurs ».
Son goût prononcé du pouvoir personnel le rend extrêmement dangereux : il est capable de tout pour garder son pouvoir. Un de ses plus proches collaborateurs et compagnon de la première heure, Camara Bengaly, ne disait-il pas que Sékou Touré était capable de liquider physiquement la moitié des populations guinéennes pour régner sur le reste !
En effet, Sékou n’a jamais hésité à se débarrasser, parfois physiquement, de tout ce qui semblait menacer son pouvoir. Il n’a pas hésité à faire mourir en prison Camara Bengaly, qui avait été pourtant pendant longtemps son fidèle lieutenant.
Combien d’autres de ses compagnons ont connu les geôles guinéennes pour avoir été simplement en désaccord ; combien d’autres sont tombés en disgrâce parce qu’ils ne servaient plus le fama 1, avec le même zèle qu’auparavant.
Pour sauvegarder son pouvoir personnel, Sékou a mis au point toute une série de méthodes :
        – La corruption, c’est une des armes favorites de Sékou. Il aime s’entourer de collaborateurs dont la malhonnêteté est de notoriété publique. Plus un dirigeant détourne de fonds publics, plus Sékou Touré lui confie de responsabilités.
        – Le népotisme et le favoritisme :
L’utilisation des conflits entre individus. Lorsqu’il nomme un responsable, il lui adjoint le plus souvent, sinon toujours comme collaborateur direct, un individu avec lequel ce responsable s’entend le moins. Alors, ces deux personnes passent ainsi leur temps à s’espionner et à faire des rapports l’une sur l’autre. Sékou pousse le machiavélisme jusqu’à adresser à chacune d’elle les rapports les concernant.
Il oppose systématiquement gouverneurs régionaux et secrétaires fédéraux en refusant de définir les rapports hiérarchiques entre eux
L’utilisation de bouc émissaire : souvent Sékou fait prendre des décisions impopulaires par ses collaborateurs. Dès qu’il voit que les masses réagissent, il s’empresse de désavouer ses lieutenants, de laisser entendre qu’il ignorait tout de ces décisions, etc.
Enfin la démagogie et la fourberie : les autocritiques se suivent et se ressemblent. Mais sur le fond, rien ne change.
Alpha Condé: 1972

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