LE TÉMOIGNAGE D’UNE VICTIME DES KIDNAPPING (MORIAH KABA)

IL Y A UN AN DÉBUTAIENT LES MANIFESTATIONS DE RUE CONTRE LE TROISIÈME MANDAT A L’APPEL DU FNDC

Témoignage d’un rescapé des geôles d’Alpha Condé….

《Dimanche treize octobre 2019, la veille de la manifestation

Dès huit heures du matin j’étais déjà debout, ce qui est rare chez moi les dimanches.
Je devais faire les derniers réglages avant dix-sept heures, heure de rendez-vous pour rejoindre le Quartier Général de l’UFR à Matam où je devais assurer le Piquet au compte du FNDC. Je range quelques habits dans un sac, un ordinateur portable, un nouveau téléphone et un nouveau numéro servant uniquement à joindre nos points focaux sur le terrain. Avec ce nouveau numéro j’appelai Tolo, Premier Secrétaire Général-Adjoint du Conseil National des jeunes de l’UFR pour échanger à propos de la rumeur faisant état de la fuite d’une liste de nos points focaux dans la zone de Gbessia. J’appelai aussi Déco, pour lui rappeler qu’on a un groupe de jeunes sur lequel nous pouvons compter pour la manif du 14 octobre dans la zone de Sonfonia.

Je pu faire un peu de sieste entre onze heures et treize heures. A quatorze heures c’est l’heure du manger. Ce jour-là c’était riz avec la sauce au gombo. Comme d’habitude quand il y a un boulot important qui m’attend je n’ai pas pu finir mon assiette. A peine trente minutes après le repas j’ai pris un bain et je me suis habillé d’un jeans bleu et d’un Lacoste bleu-foncé paré de taches blanches.

Sur la route pour le siège, je décidai de passé saluer certains proches et leur informer de la délicatesse du travail qui m’attendais mais aussi les avertir sur les risques que je pourrais être arrêté. Je fais également un tour à la résidence du Président Sidya Touré, pour donner mon nouveau numéro de téléphone à l’équipe établie sur les lieux.

Dans la cour j’ai aperçu Abdoul Kader Makanera, le Chef de Cabinet de Sidya et Mohamed Diaby en train de discuter dans un coin près du parking, de l’autre côté près de la pièce servant de lieu de repos aux gardiens étaient assis Dé, son aide garde rapproché, Tonton Sylla, son chauffeur personnel et Tonton Mouctar, son petit frère. Ce dernier dès qu’il m’a aperçu s’est déplacé pour me rencontrer et siffler à l’orgueil ‘’va dans la pièce d’à côté Tidiane y est’’. Je rentre dans la pièce et tombe sur le Directeur de la Cellule de Communication assis dans un lit, l’ordinateur en face. Il me sourit et me salut.[….]

Arrivé au Siège à Matam, J’appelai mon ami Yansané pour qu’il mette mon ordinateur à l’abri.[…]

Il était quinze heures passés quand nous entendîmes des tirs de gaz lacrymogènes, et soudains nous fîmes envahis par cette odeur insupportable, nos yeux rougissent et nos larmes coulent, la fumée était partout, impossible de rester à la terrasse. Nous rentrâmes dans le salon quelques minutes pour reprendre nos esprits. C’est dans ce chao que je reçu l’appel de Bangoura Khamè, qui m’attendait au siège pour monter l’équipe du piquet, je lui conseillai de rester sur place : « reste là-bas man je suis dans les parages chez le Général, on veut l’arrêter» dis-je. C’est cela qui permis à mon ami d’éviter de se faire arrêter ce jour-là.

Sur le chemin nous aperçûmes des jeunes qui tentaient d’ériger des barricades sur les ruelles qui aboutissent à de petits couloirs, véritables labyrinthes. Je ne pus m’empêcher d’apporter mon aide aux jeunes pour construire des barricades plus solides. Au faite ces barricades, c’est pour empêcher les pick-up de la police et de la gendarmerie de les prendre au dépourvu. C’est derrière ces barricades parfois soutenues par la flamme des pneus brulés que ces jeunes mènent leur défensifs par des jets de pierres.. Si les forces de l’ordre arrivaient à franchir ces barrages, ils ont toujours un coup d’avance grâce à leur connaissance du terrain, c’est là que ces couloirs revêts toutes leur importances. J’ai entendu l’un des agents présents sur place, ordonner à ses hommes de ne pas du tout poursuivre les manifestants dans ces couloirs.

Au bout de quelques minutes et s’étant assuré que les pickups des forces de l’ordre ont quitté les lieux, nous sortîmes de notre cachette et décide d’aller chez Badra Koné pour constater les dégâts causés par l’intervention de la gendarmerie. Arrivés au bord de la route, nous avons croisé quelques responsables locaux de l’UFR, à peine que nous avons commencé les échanges avec ces derniers, plusieurs pickups de la police surgissent à vive allure. C’est la débandade, le sauve qui peut. C’est dans cette panique totale que moi un peu en retrait derrière ai essayé de faire un facebook live pour faire vivre au monde entier ces évènements et espéré ainsi crée plus d’indignation chez les citoyens sur le comportement des forces de l’ordre. Je n’ai malheureusement pas eu le temps suffisamment quand plusieurs agents se sont dirigés vers moi en courant. Je relève la tête et les vois venir, sur le coup j’avais à choisir entre deux options : courir ou m’arrêter dans l’espoir que je pourrais les convaincre de me relaxer. J’ai choisi la seconde option. Certain se pose encore pourquoi je n’avais pas pris la fuite comme les autres qui ont réussi à s’échapper? Oui je pouvais courir mais ne réussirais pas à m’échapper car je ne maitrisais pas bien le coin. Le fait aussi qu’à l’arrivée des pickups de la police, moi j’avais toute mon attention dans le téléphone ne m’avait pas aidé à prendre l’élan nécessaire pour m’échapper en suivant les autres. Trois agents se sont précipités sur moi, l’un en disant « quand on quitte ils reviennent ces salopards », avant de se saisir de moi par ma ceinture. J’entendis dire probablement un de leur chef « interpellez-le » cria –t-il. Je voulu résister mais ça aurait été une bêtise, car ils étaient prêts à faire du mal. D’ailleurs je reçu deux coups de matraque avant qu’ils m’embarquent dans un pickup. Un dans le dos et l’autre sur le genou. Malgré cette brutalité je tente d’établir un dialogue dans l’espoir qu’ils pourront me relâcher avec eux et demanda qui commande ?

« Ce n’est pas ton affaire et puis tu te tais ! » rétorqua l’un des agents
– « Mais je veux savoir pourquoi on m’arrête ? qu’est-ce que j’ai fait ? » Les interoge-je
– « Descend du banc, va t’assoir au coin là-bas ? » dit le même agent avec un ton plus menaçant. Il ordonna que je me couche pour qu’il me pose ses pieds dessu. Je pris mon courage de rejeter ses pieds avec toute la force de mes deux bras : « je ne suis pas un animal. Pourquoi veux-tu mettre tes pieds sur moi ? C’est comme ça qu’on vous a appris à traiter des humains ? » lui criais-je avec toute ma colère.
Cette scène m’a permis de prendre un peu d’assurance et m’a fait comprendre que je ne dois pas me laisser faire. Je continue donc à les sermonner avec les questions de droits de l’homme, sans doute c’est celles qui mettent plus mal à l’aise les forces de sécurité guinéenne. J’insistais sur le fait que la façon dont ils me traitent est contraire au droits de l’homme. Puis l’un d’eux avec un air d’un drogué répondu : »Penses-tu que tu es le plus instruit ici ? tais-toi sinon tu aggrave ton cas. »
Je réplique : « Sommes-nous dans quel Etat où notre sécurité et notre liberté sont menacées par ceux qui sont censés de nous les garantir ? Si on doit fuir les bandits et aussi la police alors là on est mal barrés »
– Ferme ta gueule ! Rétorqua le même type qui sans son uniforme ressemblerait plus à un criminel qu’à un défenseur de la loi.
– Laisse-le dévoiler qui il est ? plus il parle plus on le saura. A lancé l’autre agent qui avait tenté de me marcher dessus.

Je compris aussitôt qu’il vaut mieux que je me taise. Il est préférable qu’on ne sache pas qui je suis ? peut-être que cela aiderai qu’on me libère. Cela m’avait d’ailleurs sauvé de la condamnation lors de mon procès. Le procureur avait requis un relaxe pur et simple et la juge m’a déclaré « non coupable » des charges qui pesaient contre moi. Parce que tout simplement ils ne savaient pas si c’etait moi le fameux Moriah Kaba, le terrible jeune communicateur qu’il faut faire taire.

Soudain j’entendis dans le pick-up une voix: « calmes-toi grand ! » disait-elle. Je me tournai et je vu une silhouette de l’autre côté des bancs un jeune garçon d’à peine 15 ans, beaucoup trop jeune pour être là. Un silence m’envahit, je ne sais pas pourquoi ? Étais-je choqué en voyant ce gamin ? ou peut-être que c’était grâce à sa petite phrase « calmes-toi grand ! »

Dans ce silence, j’imaginais une multitude de scenarios qui pourrait se passer après cette étape. Je fus interrompu brusquement quand je vis à travers les grillages du pickup Sergent Yamoussa, mon cousin. Il m’a vu aussi, on s’est regardé quelques secondes, je compris son étonnement mais j’ai évité de lui parler pour éviter de lui causer tort sur un terrain d’opération. Lui non plus ne m’a pas parlé. Mais sa présence me rassura, me permit de garder l’espoir que je ne serais pas mal traité et je pourrai être vite libéré. Cet espoir serait bien sûr déçu. 》

Extrait de mon projet de livre: « MENTIR POUR ÉCHAPPER À UNE CONDAMNATION »

Par Ousmane Moriah KABA


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