Manifestation, Coronavirus, FMI : Sidya Touré dit tout à Africaguinee.com (Interview)

Interview
Sidya Touré, leader de l'UFR
Sidya Touré, leader de l’UFR

CONAKRY- L’opposant Sidya Touré vient de briser le silence ! Dans une interview qu’il nous a accordé, le leader de l’Union des forces républicaines parle de la gestion de l’épidémie de Coronavirus par le président Alpha Condé. Avec l’ancien premier ministre, nous avons également évoqué de l’aide que le FMI a accordé à la Guinée, mais également des manifestations projetées par le FNDC. Exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Beaucoup ont dénoncé le réveil tardif du Président Alpha Condé face à cette pandémie. Etes-vous du même avis ?

SIDYA TOURE : D’abord en Guinée tous les chiffres qu’on nous donne, on ne sait pas sur quoi se baser. Quelle est aujourd’hui notre capacité pour tester les guinéens et savoir quels sont ceux qui sont malades ? Il n’y a pas grand-chose. Quelle est notre capacité d’hospitalisation si jamais on arrivait à plus 500 cas ? Où est-ce qu’on va hospitaliser tous ceux qui vont arriver ? Quelle est aujourd’hui notre possibilité d’avoir un corps médical notamment au niveau des infirmiers et des aides-soignants ainsi de suite ? Tout ça n’a pas été préparé. Mais même lorsque le problème a été déclaré, nous ne nous sommes pas mis à rechercher des solutions, on s’est contenté de faire des déclarations. Malheureusement je suis très pessimiste. Je souhaite vraiment que la maladie s’éloigne de nous le plutôt que possible. Mais si ça devait prendre des proportions, la Guinée n’est pas en mesure de faire face.

Est-ce que selon vous les mesures qui sont annoncées par le Président Alpha Condé sont suffisamment robustes pour empêcher la propagation de ce virus ?

Je crois que toujours, au niveau d’Alpha Condé ce sont des déclarations. La police devrait se consacrer aujourd’hui à aider les populations à gérer cette opération. Mais  au lieu de ça, c’est une police de répression. Au lieu de s’occuper de la chose la plus importante aujourd’hui, on continue à arrêter les gens en forêt, on continue à persécuter les leaders du FNDC dans cette zone-là et même à Conakry. C’est malheureux pour la Guinée.

Le FMI accordé une aide de 23 millions de dollars à la Guinée pour faire face au Covid-19. Quelle est votre réaction ?

Des pays comme le Sénégal et le Ghana ont pu avoir de l’assistance beaucoup plus importante. Au moment où on nous donne 23 millions de dollars, on en donne 442  au Sénégal et 1 milliards au Ghana. C’est vous dire quel est l’état de notre gouvernance. C’est de cela qu’il s’agit. On ne peut pas se permettre de se cacher derrière les mots. La réalité est que la Guinée est complètement dégradée tant au niveau de ses institutions, mais surtout au niveau de sa capacité à développer quoi que ce soit, qui permette à nos compatriotes d’améliorer leurs conditions de vie. Donc, je vois que nous n’avons pas eu grand-chose, mais cela correspond à ce que la Guinée aujourd’hui.

 Le président français Emmanuel Macron a plaidé auprès des pays riches un allègement massif de la dette des pays africains. Qu’en dites-vous ?

Je trouve que c’est une bonne idée sauf que la dette actuelle n’est pas uniquement une dette publique au niveau des Etats ou même au niveau des institutions. Nous-mêmes  au niveau des barrages ici on a fait des emprunts au niveau des structures privées. Donc ça va être difficile d’en mettre en œuvre, mais n’oubliez pas que dans le cadre du PPTE, nous avons eu une réduction massive de la dette en Guinée. Qu’est-ce que ça nous a rapporté ? Strictement rien.  Tout se trouve dans la gouvernance du pays. Et cette gouvernance ne peut être améliorée parce que nous avons affaire à des gens qui ne s’y connaissent pas et qui, malheureusement sont en train de tout politiser. Ce qui les empêche d’avoir à leur côté les personnes capables d’améliorer la gestion de gouvernance dans notre pays. Mais c’est ça le gouvernement RPG.

La Cour Constitutionnelle a validé les résultats des scrutins controversés du 22 mars. Quels commentaires en faites-vous ?

Moi je ne suis pas surpris. Ce qui est dramatique dans cette affaire, c’est que partout ailleurs notamment en France, les gens ont reporté tout ce qui touche à ces questions pour se consacrer pleinement au combat contre le COVID-19. Au lieu de cela, Alpha Condé profite de cette situation pour faire textes en catimini en se disant que c’est une opportunité pour lui. Mais pendant ce temps on ne s’occupe pas des guinéens. Nous pensons que de toutes les façons nous ne reconnaitrons pas ces élections de quelque manière que ce soit et que nous continuons le combat par rapport à ça. Et si on s’aperçoit que le l’objectif, c’est de profiter de la trêve qu’il y a aujourd’hui à cause du COVID-19 pour continuer à faire les choses comme celles-là, à notre tour nous allons demander à ce qu’on ait la possibilité de recommencer à manifester.

N’est-ce pas risqué pour le FNDC de reprendre les manifestations dans un contexte de crise sanitaire ?

Cela va de soi ! C’est une réalité à laquelle on est confronté, mais cette réalité ne vaut pas seulement pour le FNDC. Cette réalité devrait valoir pour le gouvernement. Dans les autres pays, on a mis de côté toutes les questions qui fâchent pour qu’on puisse aller de l’avant contre le COVID-19 et qu’on puisse mener le combat. Si vous, vous en faites une opportunité politique pour vous seuls,  vous allez faire en sorte que le FNDC sorte de cette situation. Et nous allons demander à nos militants de manifester également.

Quel est votre mot de la fin ?

C’est dommage. Je dis sincèrement qu’on devrait pouvoir se protéger et écouter les instructions qui sont données que ce soit au niveau gouvernemental et celles qui sont données par l’OMS (organisation mondiale de la santé). Parce que j’estime que l’action du gouvernement par rapport à tout ça, est extrêmement légère. Moi j’avais expliqué qu’il fallait aller de l’avant, créer ce conseil scientifique. Et ce conseil doit se mettre en marche tout de suite pour permettre de nous dire au quotidien quelle est la situation dans notre pays et qu’est-ce qu’on peut faire.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112


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