Mohamed Tall : « Pour que le colonel Doumbouya réussisse cette transition… »

CONAKRY-De retour au pays après plusieurs mois « d’exil forcé » Mohamed Tall membre du bureau exécutif du parti de Sidya Touré, a brisé le silence. Dans une interview accordée à Africaguinee.com, l’ancien ministre de l’Élevage pose son diagnostic plutôt critique par rapport à la conduite actuelle de la transition. Ce cadre de l’Union des Forces Républicaines exhorte la junte à ouvrir un cadre de concertations avec les principaux acteurs sociopolitiques

AFRICAGUINEE.COM : Quelle lecture faites-vous de la dernière sortie du président de la transition Colonel Mamadi Doumbouya ?

MOHAMED TALL : C’est un chapelet de bonnes intentions. Ce qu’il faut relever, à mon avis, il va falloir mettre un peu plus l’accent sur la concertation avec les acteurs sociopolitiques du pays. C’est la période qui l’exige, ce n’est pas une prétention ou une volonté de se positionner, mais en période de transition la concertation est nécessaire pour s’entendre sur le déroulement de la transition ainsi que les conditions d’organisations des élections. Il faut quand même souligner que ce sont les partis politiques qui compatissent aux élections. Au-delà de ça, il y a beaucoup de bonnes intentions énoncées par le colonel président. On va attendre de voir la suite, mais à ce moment précis, un cadre de concertation est nécessaire pour discuter des questions du déroulement de la transition.

Des concertations en dehors de celles qui ont eu lieu au Palais du peuple ?

Non pas de celles-là ! Mais un véritable cadre de concertations pour discuter. Certes celles du 14 octobre étaient une bonne idée qu’il va falloir poursuivre en améliorant un peu la forme.

Vous voulez avoir un cadre restreint de concertation entre les principaux acteurs politique et le Cnrd ?

Un cadre structurel entre les acteurs sociopolitiques et le Cnrd pour échanger et pour que tout se passe pour le mieux. Nous souhaitons tous que cette transition réussisse et que les tensions soient apaisées. L’une des premières conditions, c’est vraiment d’échanger avec les différents acteurs pour éviter de créer de tensions et des frustrations. Je crois que c’est ce qui manque un peu à la transition.

Avez-vous constaté des acquis et ou des manquements ?

J’ai évoqué tantôt la concertation qui est un élément nécessaire et qui manque actuellement. Mais, il faut reconnaître d’abord que cette junte a permis de nous débarrasser de l’ancien régime. Tous les Guinéens étaient fatigués de l’absence de liberté et de perspectives. Le Cnrd a fait le coup d’État, il y a eu des mesures de normalisation qui ont été prises, entre autres : la libération des détenus politiques, la suppression du couvre couvre-feu et des barrages routiers, le démantèlement des PA. Ce sont des mesures qui ont été salutaires. Je pense qu’il faut que la junte concerte et qu’elle pense créer une dynamique qui pourrait entraîner l’adhésion de tout le monde. Et cela ne peut se faire qu’autour d’une table avec les principaux acteurs sociopolitiques. (…).

Les actes pris de manière unilatérale généralement ce n’est pas de nature à susciter l’adhésion. L’adhésion c’est lorsque vous échangez, discutez et que chacun fait un peu de concession, malheureusement, ce n’est pas à quoi nous assistons maintenant là. C’est pour cela que j’invite la junte à réviser ce côté.

La première décision unilatérale de la junte fût la promulgation de la charte de la transition. Est-ce une erreur de casting ?

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est vrai que la Charte qui, quoiqu’on dise, constitue une avancée, n’est pas le fruit d’un échange entre les différents acteurs. Qu’à cela ne tienne, c’est une avancée parce que le texte prévoit quand même les organes de la transition qui sont en train d’être mis en place. Mais si on engage de concertations avec les différents acteurs, ça permettra de normaliser la suite de la transition. Si cela n’est pas fait, il faut craindre malheureusement qu’il y ait des tensions, ce n’est pas ce qu’on souhaite. Nous souhaitons que cette transition réussie parce que ce pays a été suffisamment secoué par de multiples crises. Nous voulons tourner la page des crises, nous voulons être réunifiés et unis autour d’un projet de société.

C’est notre ambition et cela ne peut se faire que dans un contexte apaisé avec les institutions qui seront mises sur pied au terme des élections organisées de manière transparente, crédibles au sortir de la transition.

Au CNT, sur 81 places, la charte accorde 15 aux partis politiques. Qu’en dites-vous ?

Certains peuvent estimer que c’est suffisant par contre d’autres, pas. L’essentiel c’est vraiment de se parler et de partager, a peu près, les mêmes idées sur l’essentiel. Si nous sommes tous convaincus au préalable que le CNT va être installé pour telle mission, quels seront les personnes qui composeront l’institution, je pense que le problème de quota pourrait ne pas être un problème. Mais lorsqu’on a l’impression qu’il y a des velléités de phagocyter, faire certaines choses sans associer les autres, cela crée de suspicion et on a tendance à se méfier.

Comment faire le partage de 15 places alors que la charte n’a pas prévu des critères ?

C’est un problème qui se pose au niveau de plusieurs composantes du CNT, notamment la classe politique. On n’a pas manqué de souligner ce point lors de la rencontre avec le Ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation. Ce point précis illustre bien la nécessité de se parler. A mon avis, si on s’était parlé sur les modalités de désignation, aujourd’hui on aurait su comment désigner les 15 personnes. Malheureusement, il n’y a pas eu de concertations si fait qu’on se demande comment faire. J’estime que le retard ou les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des institutions n’arrangent personne. Certains voient une manière dilatoire pour gagner du temps. Tout ça ce sont de petits calculs qui ne vont pas prospérer en réalité.

Est-ce qu’au sein de la classe politique il y a des tractations pour le partage du quota à elle alloué ?

Avec 181 partis politiques agréés, il est difficile de se concerter avec tous. Il est fort possible que certains envoient directement leur candidature au MATD. Au final, il n’est pas du tout exclu que le ministère se retrouve avec 20 à 30 candidatures. Dans ce cas, il se posera inévitablement la question d’arbitrage. C’est un véritable casse-tête à l’absence des critères ou alors il déterminera de manière unilatérale les critères.

Est-ce ce que vous acteurs politiques n’avez pas péché en exigeant dès le départ de connaitre les membres du Cnrd ?

Tout le monde s’attendait à ce qu’on donne la composition du Cnrd. Ce qu’on constate, plus de 2 mois après le coup d’État, on comprend qu’il n’y aura pas la liste en réalité. C’est l’équivalent de l’armée si je comprends bien. Le Cnrd est composé de l’ensemble des forces de défense et de sécurité. C’est ce que le président a dit.

Qu’est-ce qui explique l’absence de l’Ufr a la réunion au siège de l’UDG la semaine dernière ?

Personnellement, je n’étais même pas informé. Je n’ai su qu’il y avait réunion que lorsqu’elle se déroulait. On ne va pas participer à une réunion à laquelle nous ne sommes pas conviés.

Seriez-vous présent si on vous avait invité ?

Je ne fais pas de spéculation.

Les membres du gouvernement sont tous nommés. Quel est votre avis ?

Franchement, je ne connais pas grand monde dans ce gouvernement. J’estime que c’est trop tôt pour porter un jugement là-dessus. Il faut attendre les voir à l’œuvre et puis on avisera.

Pour certains, ce n’est pas véritablement un gouvernement de transition.

En période d’exception, il est difficile de faire de développement pour la simple et bonne raison que vous n’avez pas l’accompagnement de l’international de la même manière qu’en période normale. Vous n’avez pas les facilités de financement des projets de développement et puis il y a une implication de la communauté internationale qu’on le veuille ou pas. C’est une période d’exception, donc il y a des restrictions y compris au niveau des pouvoirs publics.

Mais dans ce gouvernement, l’Ufr à un de ses cadres en l’occurrence Bill de Sam. Il y a aussi Ousmane Gaoual Diallo du côté de l’Ufdg.

Nous estimons que Bill de Sam est au service de l’État guinéen, on lui souhaite bonne chance. On est prêt à l’accompagner dans sa mission pour qu’il réussisse. Jusqu’à preuve du contraire, c’est un cadre de l’Ufr qui a été nommé sans consultation préalable du parti. Nos vœux de succès l’accompagnent. Franchement, je ne vois pas du mal à ce que quelqu’un de l’Ufr participe à un gouvernement de transition. J’aurais préféré un gouvernement d’union nationale impliquant les partis politiques et la Société civile comme ce fût le cas en 2010 avec Jean Marie Doré que les forces vives d’alors avaient désigné.

A suivre…

Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.co

 


Laisser un commentaire

Your email address will not be published.Required fields are marked *